Ma petite bibliothèque antispéciste #3

Et c’est reparti ! Après ma petite bibliothèque antispéciste #1, puis #2, je vous présente aujourd’hui 4 nouveaux ouvrages que j’ai lus récemment en lien avec l’éthique animale. J’en profite pour souligner l’importance de continuer à lire, s’informer et se documenter sur le sujet, en particulier pour les militant.es pour la cause animale, même celles et ceux qui s’estiment déjà bien au courant. C’est ainsi qu’on affine ses réflexions et affûte sont discours (entre autre !)

1. Planète Végane (Ophélie Véron)

On commence cette sélection par le dernier né d’Ophélie Véron (chercheuse spécialiste des mouvements sociaux, et également autrice du blog Antigone XXI).

Avant de vous présenter ce livre, j’aimerais souligner un chiffre cité dans l’ouvrage qui m’a particulièrement marquée: 84% des végétarien.es ou végan.es remangent tôt ou tard de la viande, et ceci serait dû à une transition initiale trop rapide. A en croire les résultats de cette étude, un marathon plutôt qu’un sprint serait plus efficace pour devenir végane ET le rester ensuite. Si je partage ce chiffre d’emblée, c’est pour contextualiser l’approche bienveillante et graduelle préconisée par l’autrice : Planète Végane propose ainsi de nombreuses clés et conseils pour aller pas à pas à la découverte du véganisme.

Et si à la lecture de cette dernière phrase vous vous dîtes « ah bah puisque je suis déjà végane, c’est pas pour moi », détrompez-vous! Moi qui me considère pourtant comme relativement bien informée sur le sujet et ai lu une dizaine de livres sur l’éthique animale, ce livre m’a appris pas mal de choses. Notamment, j’ai bien dû me rendre à l’évidence: j’ai des lacunes indéniables en nutrition, et je peux vous dire que j’ai annoté soigneusement ce chapitre pour y revenir régulièrement.

Que vous soyez donc végane débutant.e, végane de la première heure, ou même simplement en phase de réflexion, vous y trouverez très certainement votre compte. De fait, nombreux sont les livres sur le véganisme qui se focalisent sur le « pourquoi » devenir végane, mais pas le « comment ». Planète Végane est le premier ouvrage que je lis qui fait le pont entre théorie et pratique de manière très concrète, par exemple en:

  • donnant des pistes pour manger végétalien chez soi, chez des ami.es ou au restaurant
  • recensant les marques de maroquinerie véganes et les marques de cosmétiques ne testant pas sur animaux
  • expliquant les bases de nutrition de la cuisine végétale (ce chapitre est plus technique que les autres, mais l’idée est de comprendre les bases d’une alimentation saine et équilibrée, pas de se retrouver calculette en mains avant chaque repas à calculer les apports protéiques et lipidiques de chaque aliment, hein!)
  • partageant des conseils sur comment bien vivre son véganisme en société
  • etc.

Si on devait le résumer en quelques mots, on pourrait dire qu’il est finalement un guide du véganisme. Le travail conséquent de recherche fourni pour la rédaction de cette ouvrage s’en ressent d’ailleurs (en atteste les 30 pages de références à la fin de l’ouvrage). Ce travail de recherche est important car il permet d’adopter une posture rationnelle plutôt que simplement émotionnelle face aux arguments avancés en faveur du véganisme.

Enfin, j’ai été particulièrement sensible au partage d’expériences de l’autrice. Ophélie se livre en toute transparence sur comment elle est devenue végane, les difficultés auxquelles elle a fait face, comment elle les a surmontées, etc. L’ouvrage en devient un compagnon de route d’autant plus humain et attachant.

👉 Paru en 2017 | Prix : 17,90 € | Commander Planète Végane

 

2. Lettre ouverte aux animaux – et à ceux qui les aiment (Frédéric Lenoir)

Dans ce livre sous forme de lettre adressée aux animaux non-humains, Frédéric Lenoir tente de leur expliquer pourquoi nous, représentant.es de l’espèce humaine, faisons preuve de si peu de considération à leur égard et les traitons différemment en fonction de leur espèce. Frédéric Lenoir explique d’abord comment l’Homo Sapiens en est venu à domestiquer, puis exploiter les animaux non-humains. Il revient ensuite sur le rapport à l’animal à travers les siècles : ceux et celles qui ont pris la défense des animaux et ceux et celles qui, au contraire, les ont relégués au rang d’objet (coucou René Descartes).

J’ai trouvé que tous les chapitre étaient très bien écrits et s’enchaînaient à la perfection. L’un en particulier sur l’éthologie m’a beaucoup intéressée, donnant de nombreux exemples sur les aptitudes cognitives et sociales de certaines espèces. Selon Frédéric Lenoir, chaque espèce dispose de singularités: un excellent sens de l’orientation, une vue perçante, etc. Pour l’homme, l’une de ces singularités serait son sens moral, ce qui fait de nous non pas une espèce à part ou supérieure, mais simplement une espèce parmi d’autres, dotée de cette aptitude là, et dépourvues d’autres.

Ce qui ne veut pas dire que Lenoir se revendique comme antispéciste non plus. Bien qu’il tienne sur bien des aspects des positions abolitionnistes, il adopte sur d’autres des positions néo-welfaristes avec lesquelles je suis en désaccord, mais que j’ai tout de même trouvées intéressantes (je pense que la richesse d’un ouvrage, au-delà de son contenu informatif, tient aussi dans sa capacité à faire réfléchir le lecteur ou la lectrice face à un autre point de vue).

Enfin, outre le contenu, j’ai aussi beaucoup aimé la forme du livre qui facilite particulièrement la lecture : l’originalité du ton (l’auteur s’adressant directement aux animaux), la finesse des dessins qui ponctuent chaque chapitre, la part belle faîtes à de nombreuses citations de défenseurs des animaux (ce qui permet de bien mieux les retenir et y revenir). C’est un livre que j’ai dévoré en à peine deux jours.

Très accessible et rapide à lire, cet ouvrage n’est pourtant pas militant, et encore moins moralisateur : Frédéric Lenoir dès les premières pages avoue n’être pas encore tout à fait végétarien, même s’il reconnaît que le véganisme est la démarche la plus cohérente pour ceux et celles qui se disent aimer les animaux. En ce sens, ce livre me semble particulièrement adapté pour offrir à des personnes sensibles à la cause animale mais qui buttent face à l’assiette. Les véganes convaincues risquent en revanche de trouver le contenu redondant avec d’autres ouvrages du même acabit.

👉 Paru en 2017 | Prix: 17 euros | Commander Lettre ouverte aux animaux

 

3. Désobéir pour les animaux

Un mini ouvrage qui retrace en 50 pages pourquoi et comment désobéir ? Dans une première partie nous est rappelée la réalité de l’exploitation animale dans l’industrie agro-alimentaire, ainsi que les capacités cognitives et d’empathie dont font preuve les animaux non-humains. La première désobéissance passe donc par l’assiette.

La seconde partie retrace l’histoire de la désobéissance civile, à travers de nombreux exemples : de la collégienne qui refusa la dissection obligatoire en SVT, à Barry Horne, activiste anglais d’ALF condamné à 18 ans de prison et mort en prison à l’issue de sa 4ème grève de la faim. Du blocage de chasses et corridas par des activistes aux opérations de sabotages et sauvetages de l’ALF. Des campanes de sensibilisation du public avec la diffusion de caméras cachées aux campagnes de pression auprès des industriels. Instructif et documenté.

Enfin, la 3ème partie donne quelques pratiques efficaces de désobéissance civile (non-violente), comme se faire embaucher dans un abattoir pour filmer en caméra cachée, faire des happenings dans la rue pour sensibiliser l’opinion publique, obstruer une partie de chasse à courre, et bien sûr boycotter les produits animaux !

Cet ouvrage a été co-écrit par Brigitte Gothière (entre autres) et édité par « Les Désobéissants » (un collectif activiste qui forme à la désobéissance civile et accompagne ceux et celles qui entendent se battre pour le bien commun. Je le conseillerais pour les personnes qui s’intéressent au militantisme et aux stratégies du mouvement animaliste.

👉 Paru en 2014 | Prix: 5 euros | Commander Désobéir pour les animaux

 

4. Véganes Magazine #1 (Rédacteur en Chef: Martin Gibert)

Pour finir, ce n’est pas un livre, mais un magazine. Ou plutôt, une « revue contreculturelle » bi-annuelle. Plus de 150 pages, qui  recensent des contributions riches et variées autour du véganisme : interviews de pointures telles que Brigitte Gothière ou Aymeric Caron, recettes, points de vue, présentations d’ouvrages, etc.

Le soin particulier apporté à la mise en page de cette revue et les nombreuses illustrations rendent la lecture d’autant plus agréable et ont particulièrement ravies mon œil de graphiste. Outre l’esthétisme, j’ai aussi apprécié l’utilisation du féminin par défaut tout du long (c’est la première fois que je voyais cela). J’ai aussi eu un coup de cœur pour la rubrique historique présentant des textes historiques d’auteurs comme Elisée Reclus ou Voltaire dont on oublie parfois l’engagement pour la cause animale.

Petit bémol à mon goût, j’ai trouvé les contributions inégales. Certaines m’ont vraiment fait avancer dans ma réflexion : je pense notamment à l’interview de Frédéric Côté-Boudreau sur la nécessité d’arrêter de voir l’animal seulement comme un être capable de souffrir. C’est en mettant en avant leur capacité à éprouver d’autres émotions qu’on pourra davantage prendre en compte leur intérêt à vivre, et pas seulement à ne pas souffrir (sur ce sujet, je vous renvoie à mon dernier article sur la viande heureuse). Pour autant d’autres contributions m’ont parues un peu superficielles ou légères et laissée sur ma faim. C’est là bien évidement très subjectif et probablement inévitable pour un magazine aussi dense que celui-ci. Cela n’en reste pas moins une très bonne source d’informations qui aborde la question animale sous divers angles, et dont j’aurais plaisir à parcourir les prochains numéros. A noter que Véganes est édité en 2017 simultanément en France et au Québec (où la revue s’intitule Versus).

En attendant, j’ai mis cette jolie revue bien en évidence dans ma bibliothèque pour inviter les personnes qui se trouveraient dans mon salon à le feuilleter (ce qui est bien plus facile qu’un livre sur le véganisme !). En terme d’audience, je pense que cette revue s’adresse à un public large (même si j’aurais tendance à penser que la majorité des lecteurs et lectrices l’ayant parcourue sont déjà véganes, mais je peux lourdement me tromper sur ce point).

👉 Paru en 2017 | Prix: 19,50 euros | Commander le numéro 1 (depuis, le numéro 2 est également disponible, je ne l’ai pas encore lu).

 

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La Carotte Masquee

 

P.S.: les liens de cet article sont des liens affiliés qui renvoient vers la librairie en ligne de Décitre. Decitre est un réseau français de 10 librairies (principalement en Rhône Alpes). Je l’ai choisi plutôt que la Fnac ou Amazon car c’est une manière de soutenir une entreprise familiale à taille humaine. Pour en savoir plus sur ma démarche, je vous invite à consulter le bas de cette page.

Pour d’autres idées lectures:

Ma petite bibliothèque antispéciste #2

 

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7 Comments

  1. 1

    Encore une fois, c’est un excellent article ! Plus je découvre ton blog, plus je le trouve juste génial. Tu produis toujours des articles très détaillés, passionnants et qui poussent à la réflexion.

  2. 3

    Topissime ! La bibliothèque se remplit dis donc 😀 il faut vraiment que je publie un article sur des lectures en éthique animale prochainement, mais comme finalement beaucoup de blogs l’ont fait brillamment (et surtout le tien, j’aime toujours beaucoup tes chroniques), je pense que j’essaierais de cibler directement les ouvrages qui tiennent des sciences humaines

    • 4

      Merci Irène ! Ca m’intéresserait beaucoup d’en savoir plus sur les lectures qui touchent aux sciences sociales. Je ne peux donc que t’encourager à y consacrer des articles, mais ne t’empêche pas pour autant d’écrire sur tes lectures autour de la cause animale. In fine nous touchons différentes personnes, et nos avis peuvent diverger sur les mêmes ouvrages (ou tout du moins les parties qui nous ont semblé.es les plus intéressantes).
      ps: oui, la petite bibliothèque n’est plus si petite… ! (et je te passe tous les magazines de l’AVF qu prennent aussi pas mal de place!)

  3. 5

    Je me suis précipitée sur Planète Végane dès sa sortie ! Je n’ai pas encore fini de le lire tellement il est dense !

  4. 6

    Je vous conseille « Friend Zone » de Mickaël Parisi, un livre très drôle et trash, qui évoque avec beaucoup d’humour le véganisme, en opposant une jeune fille végane et un carniste.
    Un réel coup de cœur.

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