Ma petite bibliothèque antispéciste #2

Après ce premier article consacré à des ouvrages de référence sur la cause animale, je vous présente ici 3 nouveaux livres qui sont venus compléter l’étagère de ma bibliothèque.

1. Antispéciste (Aymeric Caron)

Dans cet ouvrage très facile et agréable à lire, Caron expose sa vision d’un monde plus juste et respectueux du vivant. Il aborde l’antispécisme sous un jour différent : ici, il n’est pas question d’une pluie de chiffres sur les méfaits de la production de viande, mais plutôt d’un système de pensée. Aymeric Caron prêche pour une biodémocratie, c’est à dire une république du vivant, dans laquelle les intérêts de tous les êtres vivants seraient pris en compte, et non plus seulement ceux de l’espèce humaine. Comme d’autres avant lui, Caron propose de passer d’une vision du monde anthropocentrique à biocentrique (l’humain n’étant plus au centre de l’écosystème, mais seulement une espèce parmi d’autres).

Le passage à ce biocentrisme nécessite un véritable changement de paradigme ayant des conséquences sur les sphères politiques et économiques. Fervent critique de ce qu’il nomme « l’écologie molle » prônée par les Verts qui ne remet pas en cause les véritables causes de la destruction de l’environnement, Caron est partisan d’une « écologie essentielle » (on retrouve ici la même critique que les partisans de l’écologie profonde d’Arne Naess font de l’écologie superficielle). L’écologie ne doit pas être l’affaire d’un parti, mais une thématique centrale et transverse. Pour se faire, il propose par exemple la création d’une « Assemblée Naturelle » se faisant la garante des intérêts du vivant. Il insiste également sur la nécessité de sortir de la logique néolibérale, incompatible avec la préservation d’un vivant considéré uniquement comme marchandise (à ce sujet d’ailleurs, je vous invite à lire l’article que j’avais écrit sur l’absurdité du PIB, qui fait des ravages écologiques).

Une partie du livre m’a particulièrement marquée et inspirée, celle intitulée « l’impératif Superman ». Caron y explique que Superman est par définition un héro antispéciste : non-humain, il met ses pouvoirs au service de la défense des humains, qu’il pourrait pourtant détruire s’il le souhaitait. Nous sommes dans une position équivalente à Superman : nous pouvons choisir de mettre nos divers talents au service de la création d’un monde plus juste pour les autres espèces, plutôt que de les exploiter et détruire.

Vous l’aurez donc compris, si vous cherchez un guide du véganisme ou un ouvrage regorgeant de faits sur l’exploitation animale, vous risquez d’être déçu.e. Si en revanche vous souhaitez en savoir plus sur les manières dont l’antispécisme pourrait se traduire dans les sphères économiques, politiques et écologiques, ce livre pourra fortement vous intéresser.

👉 Paru en 2016 | Commander Antispéciste d’Aymeric Caron (20,90 euros, éditions Don Quichotte) ou e-book (14,99 euros).

2. Militantisme, Politique et droits des animaux (Melvin Josse)

Dans ce livre (qui est en fait la publication du mémoire de l’auteur dans le cadre d’un master en politique publique), Melvin Josse retrace les stratégies de militantisme utilisées par la coalition « pro-animaux » pour faire avancer le droits des animaux face à la coalition « pro-industrie » dans trois pays : l’Autriche, les Pays-Bas et la France.

Ce livre présente selon moi deux intérêts particuliers. D’une part il permet de comparer l’efficacité des stratégies du mouvement animaliste dans ces 3 pays.

D’autre part, la méthodologie utilisée dans le cadre de ce mémoire permet de tirer des leçons intéressantes sur la manière la plus efficace de faire avancer la cause animale. Melvin Josse explique en effet que chaque personne a des croyances différentes. Ce système de croyances se divise en 3 catégories : la croyance fondamentale (les valeurs fondamentales, par exemple « les inégalités sociales doivent être limitées »), la croyance politique (les stratégies de mise en œuvre des croyances fondamentales, par exemple « c’est à l’Etat de redistribuer les richesses ») et enfin les croyances secondaires (les outils à développer pour appliquer les croyances politiques, par exemple : « le meilleur moyen de le faire est de taxer les foyers les plus aisés »).

Attaquer de front la croyance fondamentale conduit donc nécessairement à l’échec. C’est pourquoi la coalition pro-industrie et la coalition pro-animaux restent campées sur ses positions respectives sans arriver à trouver de terrain d’entente. De fait, il n’y en a pas, puisque pour la première, l’idée fondamentale est que les intérêts humains priment sur les intérêts non-humains, alors que pour les seconds, les intérêts des animaux non-humains doivent tout autant être pris en considération. En revanche, selon les conclusions de l’auteur, cette croyance fondamentale peut peu à peu évoluer grâce à des avancées effectuées dans les croyances secondaires.

« Il est très difficile d’altérer le noyau fondamental d’un système de croyance, car il s’agit de valeurs profondes. Les noyaux politique et surtout secondaires, sont plus susceptibles d’être modifiés à travers l’apprentissage politique, car ils incorporent des perceptions plus que des valeurs. Le noyau fondamental changera également en résultat sur le long terme : Sabatier affirme que celui-ci ne se troue altéré que sur de longues périodes, de plus d’une décennie et que cette altération du noyau fondamental est généralement le résultat d’un long processus d’apprentissage qui s’opère d’abord dans le noyau secondaire, puis politique. »

C’est pourquoi selon lui, les compromis stratégiques peuvent en amener d’autres et ne sont pas contradictoires avec le but visée à long terme : l’abolition de l’exploitation animale.

Un livre très accessible qui se lit très facilement et rapidement et intéressera sans aucun doute ceux et celles qui souhaitent en savoir plus sur la portée des différentes stratégies animalistes.

👉 Paru en 2013 | Prix: 7 euros (sur la boutique Un Monde Vegan) (cet ouvrage étant la publication d’un mémoire, il n’est pas si facile à trouver)

 

3. L’imposture intellectuelle des carnivores (Thomas Lepeltier)

Pourquoi le végétalisme ne se généralise pas plus ? Pourquoi une telle résistance au changement alors que l’éthique animale prend de l’ampleur ? C’est la question par laquelle Thomas Lepeltier ouvre le prologue de son ouvrage. On peut bien sûr blâmer « l’inertie des citoyens attachés à leur steak », l’industrie agroalimentaire qui fait tout pour cacher la réalité de la souffrance animale aux consommateurs, ou encore les politicien.nes manquant de courage politique pour s’attaquer à un secteur avec un tel poids économique. Mais selon Lepeltier, un des gros freins est à chercher du côté des « intellectuel.les » (journalistes, chercheurs.ses, écrivain.es, universitaires, etc.) qui, bien qu’ils reconnaissent pour la plupart l’horreur de l’élevage industriel et dénoncent bien volontiers la souffrance animale, légitiment et défendent pourtant coûte que coûte la consommation de viande.

Dans cet ouvrage à charge contre l’incohérence éthique, Thomas Lepeltier passe en revue ceux de personnalités médiatisées comme Raphaël Enthoven, Luc Ferry, Elisabeth de Fontenay, Dominique Lestel, Jocelyne Porcher, Francis Wolff, ainsi que ceux qu’il nomme les « nouveaux Tartuffe » (Pierre Rabhi, Arno Klarsfeld, Michel Onfray et Franz-Olivier Giesbert).

Dans le top des arguments de mauvaise fois que Lepetlier démonte un à un, on citera par exemple celui de Jocelyne Porcher selon lequel « l’animal nous fait don de sa vie », le classique de Raphaël Enthoven « l’antispéciste est en fait hyperspéciste car il renie sa nature », « la viande est une affaire de convivialité » d’Elisabeth de Fontenay (qui ne cesse d’avoir des propos ambigus sur la question du végétarisme), ou encore le grand classique « être antispéciste c’est être antihumaniste » popularisé par Luc Ferry (et son corollaire « il y a des causes plus importantes »), en passant par le non moins classique « si on arrête de les manger, les animaux d’élevage disparaîtront » de Franz-Olivier Giesbert qui se dit pourtant végétarien (mais qui avoue manger du poulet de temps en temps…).

Bien qu’il reprenne de nombreux arguments déjà lus chez d’autres auteurs, cet ouvrage militant m’aura néanmoins permis d’en savoir plus sur le décalage qui existe entre ce que certaines personnalités disent et ce qu’elles font réellement, et par conséquent réévaluer le crédit que je leur porte. Cet essai me semble par ailleurs s’adresser à un public ayant déjà quelques notions d’éthique animale, au risque d’avoir l’impression que ça part un peu dans tous les sens. Enfin -et c’est là une préférence personnelle- j’ai regretté le ton parfois un peu trop cynique et sarcastique de l’ouvrage (autant j’apprécie cela dans des blogs, autant dans un ouvrage, cela peut contribuer à assimiler l’auteur à un « végan agressif » et desservir son propos, me semble-t-il), ce qui n’enlève rien à la richesse de son contenu.

👉 Paru en 2017 | Prix: 16 euros | Commander L’Imposture Intellectuelle des Carnivors de Thomas Lepeltier.

 

Vous ne savez pas quoi lire cet été? Voici 3 ouvrages sur la cause animale! Click To Tweet

Connaissiez-vous ces ouvrages? Qu’en avez-vous pensé ? Et pour découvrir 5 autres livres sur la cause animale, je vous invite à découvrir la 1ère sélection que j’avais faite:

Ma petite bibliothèque antispéciste

La Carotte Masquee

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Livres, Véganisme

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10 Comments

  1. 1
  2. 3

    J’attends avec impatience qu’Antispéciste sorte en poche ! C’est en lisant No Steak que j’ai franchi le cap du végétarisme, j’attends maintenant le déclic pour faire un pas de plus…

    Pourrais-tu nous dire en deux mots en quoi Pierre Rahbi est critiqué ? J’avais déjà lu quelques trucs pas très cools sur lui mais du coup ça m’intéresse parce qu’il est encensé par beaucoup de monde 😀

    • 4

      Merci Juliette 🙂
      Oui c’est clair que ça sera moins cher en poche (au pire, s’il n’est tjrs pas en poche en novembre je te prête mon exemplaire à mon retour!)
      Je ne sais pas s’il te donnera un déclic (il ne s’attarde pas vraiment sur l’industrie du lait ou des oeufs même s’ils sont mentionnés), mais il propose une conception du monde que je partage sur de très nombreux points. Et j’ai bien aimé qu’il englobe dans son approche antispéciste le respect du vivant / biodiversité (qui est généralement davantage un discours qu’on entend chez les écolos).

      Pour Rabhi, Lepeltier lui reproche de ne pas avoir un discours cohérent: d’un côté il prône le respect du vivant et de la terre, et de l’autre il reprend des arguments bancals (bancaux? 🤔) éthiquement parlant pour justifier la consommation de viande. Lepeltier lui consacre quelques pages (il ne prend pas aussi cher qu’Elisabeth de Fontenay ou Enthoven ceci dit!) dans une section intitulée « le colibri carnivore ». Il reprend des propos de Rabhi et en démontre la non cohérence et non pertinence (d’un point de vue éthique toujours). Ça répond à ta question? (Je n’ai plus en tête les propos exacts de Rabhi par contre).
      Bises!
      Aurélia

  3. 5
  4. 7

    Étant vegan depuis 8 mois, je me suis mis à la recherche d’ouvrage intéressant pour étoffer mon champs de réflexions sur le sujet et ton article est niquel pour me faire ma sélection ^^
    « Antispécisme » est ressorti souvent des recommandations que j’ai pu rencontré, du coups je pense que ça sera mon prochain achat 🙂

  5. 9

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