Le PIB – Prix International du Bullshit ?

Parlons économie aujourd’hui, et plus particulièrement PIB. Alors je sais, comme ça, ce thème ne vous vend pas trop du rêve. Pourtant, c’est un sujet primordial, que je vais donc essayer de rendre le plus funky possible. Si vous restez avec moi jusqu’à la fin de l’article, je vous promets que vous vous coucherez moins bête ce soir.

D’abord, comment calcule-t-on la croissance ?

Vous êtes vous déjà demandé pourquoi on nous bassine autant avec la croissance ? La théorie économique est simple : plus la croissance est forte, plus il y a d’emplois. Ça c’est ce qu’on nous vend et dont on peut débattre, mais en tout cas voilà qui explique pourquoi à chaque élection tous les candidats nous rabâchent qu’ils vont relancer la croissance. La course aux votes passe par la volonté affichée de faire baisser le taux de chômage, et donc d’augmenter la croissance. Voilà aussi pourquoi cela devient un drame national si on est un tout petit peu en dessous du taux de croissance de l’année précédente. Le but est noble, j’en conviens.

Oui mais voilà le problème: pour calculer ce fameux taux de croissance, on utilise le PIB (pour rappel : Produit Intérieur Brut). Le PIB, c’est la somme des richesses produites par les habitants d’un pays sur une période donnée (généralement sur l’année): voitures, vêtements, ordinateurs, etc. en passant par des services comme aller chez le coiffeur ou au resto.

Alors qu’est-ce qui coince? Je m’explique.

1er problème : le PIB pousse à la surconsommation

obscolescence programméeOn a besoin que les gens consomment à bloc pour que le PIB grimpe. Plus on achète, mieux c’est. L’état français a donc tout intérêt à faire perdurer une société de consommation ostentatoire et nous abreuver de pubs à tout va. Nous éduquer à consommer de manière plus responsable en nous incitant à faire durer nos produits, à recycler, ou à réduire notre consommation est certes bénéfique pour la planète, mais pas pour le PIB. Obsolescence programmée et production industrielle jouent un rôle majeur dans cette logique. On se retrouve ainsi dans une situation absurde où acheter un téléphone portable tous les ans sera donc plus rentable pour l’état que de faire durer son bon vieux Nokia pendant 5 ans.

2ème problème : le PIB nuit sérieusement à l’environnement

Vous saviez, vous, que les marées noires et autres désastres écologiques génèrent de la richesse et que c’est donc tout benef pour le PIB? Comme l’explique aussi Devinder Sharma, ingénieur agronome indien dans le documentaire de Coline Serreau “Solutions locales pour désordre globale » :

S’il y a une rivière qui est propre, le PIB n’augmente pas. Mais si la rivière est polluée, le PIB augmente, non pas une, mais trois fois. Pourquoi ? D’abord, puisque des déchets ont été rejetés dans la rivière, c’est que de l’argent a été échangé, donc le PIB augmente. Ensuite, quand la rivière est polluée et que les riverains boivent son eau, ils tombent malades, vont chez le médecin et, de nouveau, de l’argent est échangé. Et enfin, si vous apportez une technologie pour nettoyer la rivière, de l’argent change encore de mains et le PIB augmente encore. Quelle magnifique façon de se développer ! Pourtant partout dans le monde, les étudiants apprennent que la croissance économique supprime la pauvreté et apporte un développement durable !

environnement-pib-la-carotte-masquee

3ème problème : le PIB ne pense pas à long-terme

externalités négatives PIBLe PIB fait abstraction des « externalités négatives ». Il s’agit des coûts écologiques et sociaux d’une activité à plus ou moins long terme, qui ne sont pas inclus dans le PIB (épuisement des sols, pollution, disparition des espèces, dégradation de l’état de santé de riverains ou salariés, etc.).

Prenons le secteur du charbon: le PIB prendra en compte ce qui est produit par l’extraction, la production et la commercialisation du charbon, mais pas le coût de la pollution de l’environnement ou les coûts de santé liées aux maladies que les mineurs peuvent développer par exemple.

 

4ème problème : le PIB et les armes

Quand on pense aux produits et services français, on pense automobile, industrie agroalimentaire et tourisme, mais beaucoup moins à l’armement ou l’industrie pharmaceutique par exemple, qui sont également incluent dans le PIB (et à noter que certains de nos voisins européens incluent même dans leurs PIB l’économie souterraine : drogue, prostitution, etc.). Grosso merdo, ça veut dire qu’une personne en bonne santé vaut moins pour le PIB qu’une personne malade qui va devoir se bourrer de médocs. Ou bien encore que plus il y a de conflits, plus ça profite à la France (rappelons de fait que notre beau pays des droits de l’Homme est le 4ème exportateur d’armes, et 2015 a d’ailleurs été un très bon cru [1]).

Voilà donc un petit concentré de pourquoi de plus en plus de monde remettent en question le PIB, sachant que d’autres indicateurs existent, qui seraient plus exhaustifs et ne se focaliseraient pas uniquement sur l’aspect économique. Ce qui changerait pas mal la donne. C’est assez bien expliqué dans cette petite vidéo:

Bref…

Le  PIB est un indicateur court termiste purement économique qui occulte complètement les dimensions sociale et environnementale, dont on finira par payer l’addition à long terme. On fonctionne comme si l’économie, la société et l’environnement fonctionnaient en circuit fermé, cloisonné les uns des autres. Pas très durable tout ça (d’ailleurs, le principe du développement durable c’est justement d’agir où s’entrecroisent ces trois secteurs). Et d’autant plus inquiétant que c’est sur cet indicateur faussé que nos élus fondent toute leur politique.

PIB dérives

La Carotte Masquee

[1] http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2015/04/30/2015-annee-de-tous-les-records-pour-l-industrie-de-l-armement-tricolore_4625902_1656968.html[:]

You May Also Like

2 Comments

  1. 1

    En effet !
    Très bon article qui pose bien les bases, et surtout les limites de la croissance.
    La Croissance comme modèle économique n’est pas viable, il mène droit à l’enfer.
    Pour nous en dépatouiller aujourd’hui, car OUI c’est encore possible, cela demande des changements considérables que peu de personnes sont prêts à entreprendre (notamment les politiques, avouons-le.)
    Il y a de grands et beaux débats à faire la dessus 🙂
    A bientôt, bises

    • 2

      Exactement 🙂 Les politiques pensent court-termistes: qui va voter pour moi? et surtout, vue que nous sommes dans une corpocratie et non une démocratie, ils ne peuvent pas ouvertement critiquer les multinationales (ceux qui le font n’auraient aucune chance de passer au 2nd tour je pense!).
      Si jamais le sujet t’intéresse, je t’invite à lire « vers une sobriété heureuse » de Pierre Rabhi, c’est un petit bijou 🙂

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>