L’homme est-il omnivore ?

L’Homme a-t-il toujours mangé de la viande? L’Homme est-il fait pour manger de la viande? Autant de questions qui n’en finissent plus de faire débat et sur lesquels les scientifiques eux-mêmes ne s’accordent pas. Ce débat fait particulièrement rage entre véganes et carnistes, chacun utilisant le oui ou le non comme un argument pour justifier son choix alimentaire.  Regardons de plus près ce qu’il en est sous 4 différents arguments: anatomique, de l’écosystème, anthropologique et éthique.

 

Mais avant cela, rappelons quelques définitions au passage :

  • On parle d’espèces omnivore, carnivore ou herbivore pour définir l’ordre auquel ladite espèce appartient en fonction de ce qu’elle est capable ou non de digérer (et par extension quelles sont ses sources d’énergie). Une espèce sera dite omnivore si elle est capable de digérer des aliments d’origine animale et végétale, carnivore si elle se nourrit de chair animale et herbivore si elle se nourrit de plantes vivantes.
  • Le végétarisme et le végétalisme sont des pratiques alimentaires. Le premier exclue la consommation de chair animale (ce qui, je le rappelle au passage, inclue bien sûr les poissons), et le végétalisme la consommation de chair animale ainsi que de produits d’origine animale.
  • Le carnisme et le véganisme sont des idéologies. Le carnisme justifie la consommation de chair animale par les humains, tandis que le véganisme s’y oppose.

1- L’angle anatomique : l’Homme est-il fait pour manger de la viande ?

Selon Darwin, pas de doute, nous sommes végétaliens.

« La classification des formes, des fonctions organiques et des régimes a montré d’une façon évidente que la nourriture normale de l’homme est végétale comme les anthropoïdes et les singes ».

Ce tableau comparatif entre carnivores, omnivores, herbivores, etc. met d’ailleurs en évidence les différents traits morphologiques nécessaires à la digestion de tel ou tel aliment et est souvent utilisé pour « convaincre » de la pertinence du végéta*isme.

Ce type de tableaux comparatifs ne permet PAS de conclure que l’humain est végéta*ien.

Cependant, ce serait aller un peu vite en affaires que de conclure d’après ce tableau que l’Homme est végétalien.

D’une, ce raisonnement uniquement fondé sur l’analyse de l’anatomie ne s’avère pas toujours exact, comme en témoigne le cas du panda géant, une espèce essentiellement herbivore ayant pourtant l’anatomie d’un carnivore.

De deux, prenons l’exemple du chimpanzé, l’espèce la plus proche de l’Homme, et avec laquelle nous partageons 99% d’ADN. Leur régime est essentiellement frugivore (les fruits représentent en effet jusqu’aux deux tiers de leur alimentation), mais ils mangent également des graines, des fleurs, des feuilles, du miel et… de la viande (petits animaux et insectes) [1]. Selon la logique de l’anatomie comparée, ce régime devrait donc aussi être le nôtre. Or force est de constater que ce n’est ni celui des carnistes, ni celui des véganes du 21ème siècle, ne serait-ce que parce que la grande majorité d’entre nous a recours à la cuisson des aliments.

L’argument anatomique nous amène donc à la conclusion que l’Homme POURRAIT manger un peu de viande, ce qui ne veut pas non plus dire qu’il DEVRAIT en manger. Il y a là une nuance de taille. Si votre organisme peut digérer la viande, cela ne signifie pas que c’est un impératif. Le seul impératif, c’est d’apporter à notre corps ce dont il a besoin pour fonctionner : des sources de lipides, glucides et protéines, qui se trouvent en quantités amplement suffisantes dans les légumes, fruits, céréales, noix et légumineuses. Pour ceux qui douteraient de la viabilité du végétalisme d’un point de vue de la santé, rappelons que l’Academy of Nutrition and Dietetics (la plus grande association de nutritionnistes au monde) affirme qu’un régime végéta*ien est non seulement viable mais également bon pour la santé [2]. En France malheureusement, le discours reste très biaisé en pointant du doigt la dangerosité du végétalisme, faisant complètement abstraction des données à disposition et du bon état de santé des millions de végétaliens.

 

2- L’angle écosystémique: l’Homme est-il en haut de la chaîne alimentaire ?

Et bien pas du tout du tout ! Si vous pensez que l’Homme est en haut de la chaîne alimentaire, vous pouvez le faire redescendre de plusieurs marches de son piédestal. Selon l’indice HTL (Human trophic level ou «niveau trophique humain» en français) qui se base sur la consommation humaine entre 1961-2009, l’Homme serait au même niveau que… l’anchois dans la chaîne alimentaire, loin derrière les grands prédateurs. Le niveau trophique d’une espèce représente le nombre d’intermédiaires entre les producteurs primaires (qui ont une valeur fixée de 1) et leur prédateur. Ainsi, les végétaux, qui sont les premiers producteurs de matières organiques, appartiennent au premier niveau trophique. Les herbivores relèvent du deuxième niveau et les carnivores du troisième, quatrième, cinquième, etc. niveaux trophiques. Selon cette échelle, l’Homme a un niveau trophique de 2.2. A titre de comparaison, ce niveau est de 2 pour la vache, et 5.5 pour des prédateurs supérieurs comme l’ours polaire et l’orque.[3]

L’homme se situe au même niveau que l’anchois dans la fameuse « chaîne alimentaire ».

Par ailleurs, il est important de démystifier cet argument de « c’est dans l’ordre des choses », ou la variante « c’est la Nature ». Mais non ! Peu de choses que l’Homme fait aujourd’hui relèvent encore de cet « état de nature » (c’est à dire un état dénué de toute influence de la société moderne). Nous sommes par exemple la seule espèce à nous vêtir, à utiliser la contraception, à utiliser des vélos ou des voitures et l’une des seules à prendre soin de nos plus faibles. Si nous vivions dans ce fameux état de nature, nous serions nus, nous déplacerions à pieds, et nous reproduirions en suivant une logique de la loi du plus fort.

L’Homme a évolué, son mode de vie et d’alimentation aussi, suite à la découverte du feu et aux progrès techniques et technologiques. Utiliser l’argument de la Nature, qu’il soit en faveur du carnisme ou du véganisme, n’est donc pas pertinent (bien que j’avoue avoir moi-même eu le travers de l’utiliser par le passé).

 

3- L’angle anthropologique : l’Homme a-t-il toujours mangé de la viande ?

Rembobinons une seconde la K7 de l’Histoire de l’humanité. L’australopithèque apparaît sur Terre il y a environ 6 millions d’années, et l’ancêtre de l’homme moderne, l’Homo Sapiens, il y aurait 200 000 ans. On entend souvent dire comme argument pour justifier le végétarisme que les australopithèques étaient végétariens ; preuve que l’Homme a été végétarien durant une majorité de son histoire. Cependant, les avis diffèrent sur le sujet, certains affirmant au contraire que l’australopithèque était omnivore et se nourrissait à 80% de végétaux (graines, tubercules, racines, etc.) et 20% d’insectes et petits animaux [4]. Un régime qui serait somme toute très proche de celui du chimpanzé évoqué précédemment.

Que l’australopithèque ait été ou non végétarien est difficile de trancher. Ce sur quoi tout le monde s’accorde en revanche est que l’Homo Sapiens, lui, était bel et bien omnivore puisqu’il consommait des produits d’origine animale et végétale, fruits de la chasse et de la cueillette. Dans « Plaidoyer pour les animaux » Matthieu Ricard (qui, rappelons le, n’est pas uniquement un moine bouddhiste mais aussi biologiste) affirme qu’au cours des 99% de son histoire, l’Homme a vécu de cueillette et de chasse. Mais ne nous hâtons pas de conclure que : « puisque l’Homme a toujours chassé, c’est bien la preuve irréfutable par A+B que l’Homme doit manger de la viande ». Matthieu Ricard souligne ainsi que :

  • L’Homme est avant tout un cueilleur avant d’être un chasseur. Bien que le terme « cueilleur-chasseur » laisse penser que ces deux activités étaient réparties équitablement, la cueillette dépassait en fait très largement la chasse aussi bien en temps passé qu’en nourriture consommée. C’est encore le cas aujourd’hui au sein des tribus de chasseurs cueilleurs: seule une petite partie de la nourriture consommée dérive de la chasse (à l’exception des régions semi-désertiques et de la région arctique). On est donc très loin des quantités astronomiques de viande ingérées quotidiennement de nos jours.
  • L’Homme primitif était un charognard plus qu’il n’était chasseur. De fait, la viande consommée par les premiers Homo Sapiens provenait essentiellement de restes de proies abandonnées par des prédateurs carnivores, et non de la chasse à proprement parler. C’est donc plus par opportunisme que l’Homme mangeait de la viande que par impératif.

Quant à la thèse de l’hominisation par la chasse (qui stipule que l’apport en viande et la confrontation avec l’animal auraient permis le développant de l’intelligence de l’homme et sa sociabilité), elle fait là-aussi débat. Si elle fut populaire dans les années 1960, elle est aujourd’hui controversée, notamment par Florence Burgat, philosophe et directrice de recherche à l’INRA, qui met en évidence que la cueillette a aussi développé l’intelligence.

Ainsi, quand bien même la consommation de viande aurait permis à l’Homo Sapiens de devenir plus intelligent, cet argument est aujourd’hui complètement désuet. Face aux preuves irréfutables que la viande tue à petit feu la planète, cet entêtement à vouloir continuer à en manger est loin d’apparaître comme une preuve d’intelligence, bien au contraire ! Il serait temps de nous adapter à un nouveau contexte environnemental et démographique.

 

L’argument anthropologique nous amène donc à la conclusion que l’Homo Sapiens s’est mis à manger de la viande dans le cadre de circonstances particulières justifiées par son mode de vie primitif. Circonstances qui ont drastiquement changé depuis. Nous nous sommes sédentarisés et nous sommes multipliés. Considérons cela : il y a 10 000 ans, il y a avait sur Terre entre 1 et 10 millions d’humains, alors que nous sommes maintenant 7 milliards. Autant dire que les problématiques actuelles liées à l’industrie de la viande (épuisement des sols et des océans, déforestation, extinctions d’espèces, réchauffement climatique, etc.) n’existaient pas à cette époque ! Invoquer l’histoire de l’Homme comme preuve irréfutable du bien fondé du régime carné est donc loin d’être pertinent face aux défis environnementaux actuels.

Par ailleurs, notons que l’Homme n’a pas cessé de modifier ses comportement avec les avancées technologique et intellectuelles au cours de son histoire, tant pour des raisons de confort que d’éthique. L’argument que nous devons continuer à manger de la viande parce que notre ancêtre l’a fait équivaut à proposer d’aller vivre dans une grotte vêtu de peau de bête parce que les premiers hommes semblaient vivre ainsi.

4- L’argument éthique : l’Homme doit-il continuer à manger de la viande ?

Si l’anthropologie et l’anatomie peuvent nous apporter des éléments de réponse quant au statut omnivore de l’Homme, elle ne permettent pas de conclure sur la pertinence de continuer à en manger aujourd’hui. Autrement dit, pour paraphraser Jeremy Bentham, la question n’est pas « l’Homme a-t-il toujours mangé de la viande ? », mais bel et bien « à l’heure actuelle, la consommation de viande est-elle encore légitime ? »

C’est là que l’argument éthique prend toute sa place. Quand on sait la souffrance qu’elle engendre pour 60 milliards d’animaux terrestres et 1000 milliards d’animaux marins par an à travers le monde, ainsi que les désastres environnementaux dont elle est directement ou indirectement responsable, il apparaît clair que la réponse est non. Continuer à manger de la viande à une époque où nous pouvons pourtant aisément nous en passer sans mettre en péril notre santé est non seulement une folie écologique, mais aussi indigne d’une espèce pourtant capable de compassion et d’empathie. Ces mots sembleront durs ou extrêmes pour certains, cependant je suis convaincue que le progrès moral est le moteur de l’humanité. Et nous sommes justement ici face à un impératif moral dont l’humanité peut ressortir grandie. Comme le souligne en ces mots très simple Martin Gibert :

S’il est possible de vivre sans infliger de souffrances non nécessaires aux animaux, alors nous devrions le faire.

 

 

L'Homme est-il #omnivore? Les arguments physiologique, anthropologique et éthique. Click To Tweet

Je pense, donc je suis… devenue vegane

[1] http://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/zoologie-chimpanze-grand-singe-menace-1867/page/4/

[2] « Les régimes végétariens (y compris le végétalisme) menés de façon appropriée sont bons pour la santé, adéquats sur le plan nutritionnel et bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Les alimentations végétariennes bien conçues sont appropriées à tous les âges de la vie, y compris pendant la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance et l’adolescence, ainsi que pour les sportifs. »

[3] http://wwz.ifremer.fr/content/download/74636/964361/file/13_12_04_PNAS-HTL.pdf

[4] http://www.dur-a-avaler.com/homme-vegetariens-carnivores-outils-chasses-australopitheques/

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16 Comments

  1. 1

    Bonjour Carotte Masquée,
    et merci pour ce billet, et les liens en source. Je suis votre blog depuis quelques mois maintenant, et je le trouve très intéressant.
    J’ai peur effectivement que le débat de savoir si l’homme est / a été ou non un carnivore n’ait pas de réponse et ne fasse pas avancer les choses.
    Je vous rejoins complètement sur l’argument éthique, qui me semble être très pertinent et percutant pour les végétariens/vegans vis-à-vis de leur entourage. Aujourd’hui, il n’y a pas besoin de manger des animaux et des produits animaux pour avoir tout ce dont nous avons besoin.
    Alors au nom de quoi perpétuer toute cette souffrance ?
    Malheureusement on se heurte au fait que la plupart des gens se voilent complètement la face sur la souffrance animale.
    Merci encore.

    • 2

      merci Naïa ! Je suis ravie de vous compter parmi mes lectrices alors 🙂
      Vous résumez parfaitement ma pensée. Pour moi, ce débat est stérile puisque les choses ont bien changé depuis l’australopithèque, ou même les débuts de l’Homo Sapiens.
      A très bientôt !

  2. 3

    Très bon article ! Omnivore signifie que l’on PEUT manger de tout, non pas que l’on DOIT manger de tout. On a la chance de pouvoir choisir ce qu’on mange (contrairement aux carnivores stricts comme les félins ou à d’autres animaux qui ont des régimes alimentaires très spécifiques), alors autant choisir l’alimentation qui cause le moins de souffrances !!

  3. 5
  4. 7

    Bonjour Carotte Masquée,

    Je trouve que cet article est très subjectif…Pourquoi ne pas avoir parlé de la vitamine B12 par exemple? Si l’homme en a besoin pour vivre et qu’elle n’est accessible que via les animaux (synthétisée par les bactéries du rumen des ruminants par exemple), c’est qu’il DOIT manger des produits animaux, même en très petite quantité, pour subvenir à ce besoin. Si un régime alimentaire nécessite une complémentation pour être en bonne santé, c’est tout simplement qu’il n’est pas adapté! Cela ne veut pas dire que l’homme doit manger 500 gr de viande par jour, mais il est tout de même nécessaire qu’il en consomme un tout petit peu pour subvenir à ses besoins.

    Bonne journée,

    Marie

    • 8

      Bonjour Marie,
      Dommage que vous le trouviez subjectif, ce n’était pas le but, justement en apportant des points de vue divers et variés.
      À l’heure actuelle, la vitamine B12 (qui est une bactérie qu’on trouve dans le sol) est synthétisée et ne se trouve quasi plus dans la nature. La plus grosse partie de cette b12 est administrée aux animaux que nous mangeons. Eux-mêmes sont donc complémentés via leur alimentation. Au final, manger par ex une vache ayant été complémentée en b12 ne me semble pas plus naturel que prendre une gélule de b12 directement.
      Bonne journée,
      Aurélia

      • 9

        Re-bonjour,

        La vitamine B12 n’est pas donnée aux animaux (en tout cas pas aux bovins, pour les porcs et volailles je n’en sais rien) et est toujours très bien synthétisée dans leur rumen (le rumen est un bouillon de microorganismes qui permettent à la vache de fermenter les fibres du fourrage et de les assimiler sous forme d’acétate et propionate notamment, qui sont ensuite transformés en sucres, acides gras et autres nutriments – la vitamine B12 est donc toujours bien synthétisée par les microorganismes du rumen et assimilée par la vache). Via mes études et mon entourage, j’ai de très bonnes connaissances de la pratique en élevage de bovins laitiers et viandeux. Où avez-vous tirez l’info comme quoi les animaux d’élevage sont d’office complémentés??!

        Bonne journée,

        Marie

        • 10

          Je le tire d’un dossier dédié à la B12 de la revue « cahiers antispécistes », je vous retrouverais le numéro si cela vous intéresse, je l’ai toujours (mais pas sur moi à l’instant T).

          Quoiqu’il en soit, je suis d’avis qu’à partir du moment où nous pouvons avoir de la b12 par d’autres moyens que par la viande, le régime alimentaire peut évoluer et que si la viande était nécéssaire à la survie à une certaine époque, elle ne l’est plus aujourd’hui à part dans des cas partciuliers (inuits, etc.)

          Bonne journée.

      • 11

        Manger de la viande bovine (même en petite quantité de temps en temps, rien ne sert de faire dans l’excès) permet donc d’avoir de la vitamine B12 naturellement synthétisée par les microorganismes du rumen du bovin, ce qui s’inscrit donc bien dans un régime équilibré et naturel car il ne faudra pas prendre des gélules de B12 produites par les industries pharmaceutiques. Le régime végan n’est donc pas totalement adapté à l’homme, c’est une réalité qu’il faut pourtant admettre. Il y a des pour et des contres au véganisme.

        Marie

        • 12

          Je crois que l’idée de l’article est précisément de souligner qu’aujourd’hui nous avons les moyens matériels de trouver de la B12 ailleurs, le fait que ce soit une source de B12 « naturelle » ou pas n’est pas vraiment un argument… On ne va pas commencer à lister tout ce qui n’est pas « naturel » (à supposer que ça veuille dire quelque chose) dans notre quotidien. Mais vu tous les moyens engagés dans des recherches pour des trucs qui relèvent du gadget, tous les médicaments produits qu’on consomme en trop grande quantité, tous les suppléments et compléments alimentaires possibles et imaginables qu’on prend par confort sans que ça pose particulièrement de souci… quel argument majeur y’aurait-il contre le fait qu’on utilise un tout petit pourcentage de ces moyens pour nous permettre d’adopter un régime qui nous évite de tuer des animaux ? J’ai beau retourner les choses dans tous les sens dans ma tête, je n’en vois pas. Je ne regarde pas si les choses sont « naturelles », je regarde si dans l’état actuel de nos moyens on peut vivre en étant végane en bonne santé : aujourd’hui la réponse est un grand oui, ce qui n’était pas le cas il y a un siècle…

        • 13

          Par contre effectivement y’a des chances que les animaux ne soient supplémentés que dans l’élevage industriel, en élevage extensif en plein air y’a jamais eu besoin de faire ça. Donc c’est clairement un argument qu’on peut discuter, même si à mes yeux ça ne change rien à la réflexion de fond !

          • 14

            Merci Irène! Je te rejoins tout à fait sur le côté « c’est naturel » (d’ailleurs c’est suite à un de tes précédents commentaires sur la non pertinence de cet argument que j’ai arrêté de l’utiliser).
            Pour la quantité de b12 utilisée dans l’élevage, je vais relire le dossier sur la b12 que j’avais lu et apporterais ici des précisions complémentaires 🙂 je pense que même si c’est que dans l’élevage industriel, comme c’est entre 80 et 95% de l’élevage selon les espèces, ça resterait une majorité des animaux dans l’élevage.

          • 15

            Irène, je te copie colle ici la réponse à Marie, je ne suis pas sure que tu ais eu la notification de réponse:

            Re-bonjour Marie et Irène,

            Je reviens vers vous deux suite à la discussion sur la B12. Je vous relate ici un passage du dossier « les animaux-emballages » écrit par David Olivier dans les Cahiers Antispécistes Numéro 34 (pour les chiffres qu’il cite, il renvoie à chaque fois à la source en note de bas de page, ce qui serait ici difficile à reproduire, je vous cite donc uniquement le texte sans les notes):

            » Dans le monde en 2008 ont été produites, dans les usines de quatre firmes différentes (une française et 3 chinoises), env. 35 tonnes de vitamine B12. Cette quantité représente environ 6 fois les besoins nutritionnels de la totalité de l’humanité. Mais où va toute cette B12? Dans les comprimés pour végétariens? eh bien non. En réalité, seule une petite partie de cette production va dans les comprimés. La plus grande part va dans … les aliments pur animaux d’élevage [source: b12d.org : 90% de la production mondiale de B12 est destinée aux animaux d’élevage].
            En effet, la vitamine B12 n’est pas plus produite par les animaux qu’elle ne l’est par les plantes. Elle est d’origine exclusivement bactérienne – et les bactéries ne sont ni des animaux, ni des plantes. Dans la nature, les herbivores la trouvent typiquement dans les souillures de aliments qu’ils consomment. Mais dans l’environnement contrôle et intensif des élevages, cet apport-là est marginal. L’alimentation des poulets et autres volailles ainsi que des porcs est donc systématiquement supplémentée en B12. [Un manuel sur la nutrition des animaux d’élevage stipule que:] « en nutrition porcine, la vitamine B12 se retrouve presqu’exclusivement sous forme de cyanocobalamine ajoutée à l’aliment par le pré-mélange vitaminique. En effet, elle est absente des aliments d’origine végétale qui constituent l’essentiel du régime du porc. »
            La vitamine B12 ajoutée à la ration des animaux d’élevage est, tout comme celle des comprimés pour végétariens, produite industriellement par fermentation, généralement à l’aide de bactéries génétiquement modifiées. Il s’agit de la même B12, produite dans les mêmes usines.
            […] En somme: les végétariens prennent de la B12 fabriquée dans des usines et emballée dans des comprimées. les personnes qui mangent de la viande, tout au contraire, prennent de la B12 fabriquée dans des usines et emballée dans des animaux.
            Les volailles et les porcs représentent à eux seule a plus grande partie de la viande consommée tant en France que dans le monde (hors poissons). La situation est un peu différente en ce qui concerne les ruminants. On leur donne non de la B12, mais un supplément de cobalt. En effet, dans l’estomac des ruminants, plus précisément dans leur rumen ou panse (premier estomac), a lieu une fermentation au cours de laquelle les bactéries produisent de la vitamine B12 – à condition de disposer de cobalt, constituant fondamental de cette molécule. Cette problématique concernée est exposée dans un document de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui explique aussi la nécessité de la complémentation directe en B12 des autres animaux d’élevage. […] la technique de la vache à hublot a servi à étudier la production de B12 en fonction de la teneur en cobalt de l’alimentation et d’autres paramètres. Ainsi, la vache est d’abord le réacteur de fermentation qui produit la B12, avant de servir, comme les poulets et les porcs, à l’emballer. »

            Le dossier se poursuit et soulève par ailleurs d’autres cas de supplémentation: l’iode dans le sel de cuisine (mesure introduite pour lutter contre les carences dans les régions où les sols sont pauvres en cet élément) ou la vitamine D dans le lait. « Quelle est la différence entre le végétarien qui ajoute systématiquement quelques gouttes de préparation soluble de B12 dans sa souple et le consommateur de sel de cuisine iodé ou de lait supplémenté en vitamine D? La seule différence, il me semble, est que le premier se supplémente pas: on le supplémente. le premier doit y penser, le deuxième se contente de manger: d’autres y pensent à sa place ».

            Voilà, j’espère que cela répond aux questions soulevées.
            Bonne journée!
            Aurélia

        • 16

          Re-bonjour Marie et Irène,

          Je reviens vers vous deux suite à la discussion sur la B12. Je vous relate ici un passage du dossier « les animaux-emballages » écrit par David Olivier dans les Cahiers Antispécistes Numéro 34 (pour les chiffres qu’il cite, il renvoie à chaque fois à la source en note de bas de page, ce qui serait ici difficile à reproduire, je vous cite donc uniquement le texte sans les notes):

           » Dans le monde en 2008 ont été produites, dans les usines de quatre firmes différentes (une française et 3 chinoises), env. 35 tonnes de vitamine B12. Cette quantité représente environ 6 fois les besoins nutritionnels de la totalité de l’humanité. Mais où va toute cette B12? Dans les comprimés pour végétariens? eh bien non. En réalité, seule une petite partie de cette production va dans les comprimés. La plus grande part va dans … les aliments pur animaux d’élevage [source: b12d.org : 90% de la production mondiale de B12 est destinée aux animaux d’élevage].
          En effet, la vitamine B12 n’est pas plus produite par les animaux qu’elle ne l’est par les plantes. Elle est d’origine exclusivement bactérienne – et les bactéries ne sont ni des animaux, ni des plantes. Dans la nature, les herbivores la trouvent typiquement dans les souillures de aliments qu’ils consomment. Mais dans l’environnement contrôle et intensif des élevages, cet apport-là est marginal. L’alimentation des poulets et autres volailles ainsi que des porcs est donc systématiquement supplémentée en B12. [Un manuel sur la nutrition des animaux d’élevage stipule que:] « en nutrition porcine, la vitamine B12 se retrouve presqu’exclusivement sous forme de cyanocobalamine ajoutée à l’aliment par le pré-mélange vitaminique. En effet, elle est absente des aliments d’origine végétale qui constituent l’essentiel du régime du porc. »
          La vitamine B12 ajoutée à la ration des animaux d’élevage est, tout comme celle des comprimés pour végétariens, produite industriellement par fermentation, généralement à l’aide de bactéries génétiquement modifiées. Il s’agit de la même B12, produite dans les mêmes usines.
          […] En somme: les végétariens prennent de la B12 fabriquée dans des usines et emballée dans des comprimées. les personnes qui mangent de la viande, tout au contraire, prennent de la B12 fabriquée dans des usines et emballée dans des animaux.
          Les volailles et les porcs représentent à eux seule a plus grande partie de la viande consommée tant en France que dans le monde (hors poissons). La situation est un peu différente en ce qui concerne les ruminants. On leur donne non de la B12, mais un supplément de cobalt. En effet, dans l’estomac des ruminants, plus précisément dans leur rumen ou panse (premier estomac), a lieu une fermentation au cours de laquelle les bactéries produisent de la vitamine B12 – à condition de disposer de cobalt, constituant fondamental de cette molécule. Cette problématique concernée est exposée dans un document de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui explique aussi la nécessité de la complémentation directe en B12 des autres animaux d’élevage. […] la technique de la vache à hublot a servi à étudier la production de B12 en fonction de la teneur en cobalt de l’alimentation et d’autres paramètres. Ainsi, la vache est d’abord le réacteur de fermentation qui produit la B12, avant de servir, comme les poulets et les porcs, à l’emballer. »

          Le dossier se poursuit et soulève par ailleurs d’autres cas de supplémentation: l’iode dans le sel de cuisine (mesure introduite pour lutter contre les carences dans les régions où les sols sont pauvres en cet élément) ou la vitamine D dans le lait. « Quelle est la différence entre le végétarien qui ajoute systématiquement quelques gouttes de préparation soluble de B12 dans sa souple et le consommateur de sel de cuisine iodé ou de lait supplémenté en vitamine D? La seule différence, il me semble, est que le premier se supplémente pas: on le supplémente. le premier doit y penser, le deuxième se contente de manger: d’autres y pensent à sa place ».

          Voilà, j’espère que cela répond aux questions soulevées.
          Bonne journée!
          Aurélia

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