Je pense, donc je suis… devenue vegane

Cet article me tient particulièrement à cœur, puisque c’est en quelque sorte le point de départ de ce blog. Il aborde de fait un thème central dans ma vie : le véganisme. Devenir végane n’est pas une lubie de bobos; c’est un acte politique et la traduction dans la vie de tous les jours d’une réflexion idéologique. Je reviens dans cet article sur le pourquoi et le comment je suis devenue végane.

 

Devenir végane était un choix politique

Je commence par un bref rappel sur ce qu’est le véganisme. A la différence du végétarisme (pas de consommation de chaire animale) et du végétalisme (pas de consommation de chaire animale, ni produits d’origine animale comme le lait, les œufs et le miel), le véganisme va au-delà de la seule assiette. Un.e végane refuse en effet de consommer tous produits ou services ayant nécessités d’utiliser un animal pour le produire, et ce, quel que soit le domaine. Les incidences sur le mode de vie sont donc plus nombreuses, puisque cela concerne également l’habillement (adieu laine, fourrure et cuir), les produits cosmétiques ou d’entretien (choisis non testés sur animaux) ou encore les loisirs ou spectacles (chasse, corrida, cirque, zoos, etc.).

Derrière ce refus d’acheter des produits ou services ayant nécessités d’exploiter des animaux, les véganes cherchent à revendiquer le droit de l’animal à disposer de lui-même et rejettent a contrario la notion de propriété ou de valeur marchande appliquée à un animal. Les produits et services allant à l’encontre de cette notion sont donc tout simplement boycottés.  Dans notre ère capitaliste où acheter c’est voter, devenir végane est donc un acte chargé d’une dimension politique, une manière de faire entendre sa voix via ses choix de consommation. Le portefeuille (levier économique) me paraît avoir plus de poids que le bulletin de vote (levier politique) sur la question de la place de l’animal dans notre civilisation. Plus on sera nombreux/nombreuses à demander des alternatives vegans, plus l’offre de produits s’étendra et les politiques se pencheront sur la question.

 

Devenir végane était le fruit d’une longue réflexion

Pour certain.es, devenir végane se fait quasiment du jour au lendemain. Pour la majorité d’entre nous, cela prend un peu plus de temps. Dans mon cas, ça a été une transition lente.

Le point de départ était un malaise face à mon assiette. Je me suis demandée : « comment est produite cette viande que je mange? » « Qu’y a-t-il derrière cette tranche de jambon? » J’imaginais naïvement une scène idyllique d’une vache avec le poil soyeux broutant joyeusement de l’herbe pendant de longues années, du genre Marguerite dans son pré. Quelques lectures et documentaires plus tard, ce mirage s’est estompé pour laisser place à une réalité bien moins réjouissante, dans laquelle Marguerite s’appelle plutôt « 3765 », le pré est remplacé par un hangar où elle est entassée avec ses congénères pour mourir précocement (pour plus d’informations sur les pratiques de l’élevage industriel, je vous renvoie à cet article : l’élevage industriel pour les nuls).

réalité élevage devenir vegan

Crédit: inconnu.e

J’ai drastiquement diminué ma consommation de viande, tout en cherchant des alternatives, et me mettant en quête d’une viande heureuse. Malheureusement, je m’aperçus que cette viande heureuse était un mythe destiné à rassurer les consommateurs et consommatrices. J’arrêtais donc de manger Marguerite. Comme Marguerite aurait aussi bien pu être une poule, une truie ou un saumon, j’ai aussi arrêté le poisson, en me jurant cependant que jamais, ô grand jamais je ne deviendrais végétalienne, il ne fallait pas abuser non plus !

Ne jamais dire jamais. Il a bien fallu se rendre à l’évidence, si je voulais être cohérente avec mes principes et ne plus cautionner la souffrance animale, cela passait aussi par la suppression des sous-produits animaux. Je mis deux ans à cheminer du végétarisme au véganisme. Deux ans durant lesquels, bien que persuadée par la portée éthique du véganisme, je continuais de manger des produits d’origine animale en extérieur, ayant peur de signer mon arrêt de mort social.

Et puis, le déclic. Lors d’un voyage aux Etats-Unis, j’ai constaté à quel point il avait été simple de manger végétalien durant 2 semaines, et ça a été le coup de pied aux fesses qu’il me fallait. A mon retour en France, je décidais de continuer sur cette bonne lancée. Pour le reste, ça n’a pas été très compliqué: je n’avais jamais consommé de fourrure ou de laine, et j’ai rapidement trouvé des alternatives au cuir. Quant aux produits d’entretien ou de cosmétiques, il suffisait de les racheter en version non testée sur les animaux, ce ne fut pas bien compliqué.

 

Je ne suis pas devenue végane par excès de sentimentalisme

C’est là un point crucial : je n’aime pas particulièrement les animaux. Je n’ai pas de posters d’hamsters dans mon salon, je ne regarde pas de vidéos de chatons sur YouTube, et je ne suis pas prise d’une envie irrépressible de caresser un bébé labrador quand j’en croise un. Ce qui ne m’empêche pas de considérer que les animaux non-humains ont autant le droit de vivre que nous, et que si les manger n’est pas nécessaire à ma survie, alors je préfère ne pas le faire. Tandis que des personnes qui disent aimer les animaux, j’en ai à la pelle autour de moi. Mais bizarrement, cet amour qu’elles ont pour les animaux est distribué avec parcimonie et se confine à des espèces mignonnes, excluant de fait vaches, cochons, poissons, etc. Il y a donc un conditionnement culturel qui commence dès l’enfance, et s’ancre en grandissant par un comportement pour le moins paradoxal à l’égard des animaux: nous décidons d’en dorloter et caresser certains, et d’en tuer et manger d’autres. Comment expliquer cela ? C’est en fait une forme de spécisme.

devenir vegan spécisme

Je suis pas devenue végane pour lutter contre le spécisme

Tout comme le racisme discrimine sur la race ou le sexisme discrimine sur le sexe, le spécisme discrimine sur l’espèce. Concrètement, cela signifie que l’espèce dominante (ici l’espèce humaine) ne prend pas ou peu en compte les intérêts d’individus d’autres espèces (les animaux non-humains), simplement parce qu’ils appartiennent à une autre espèce. Dans notre société, l’idée que les intérêts d’un animal comptent moins que ceux d’un humain est tellement évidente qu’en discuter peut paraître ridicule. La question mérite toutefois d’être posée. De fait, comment l’espèce humaine est-elle devenue l’espèce dite dominante ? Certainement pas par un vote des baleines et des girafes. Comme dans le cas des blancs pour le racisme ou des hommes pour le sexisme, le groupe dominant s’autoproclame toujours comme tel en invoquant une pseudo supériorité.

Dans le cas du spécisme, les différences entre humains et animaux sont invoquées pour justifier cette supposée supériorité, : les animaux ne seraient pas aussi intelligents que nous. Ils seraient dénués de culture ou de conscience d’eux-mêmes. Etc. Ces arguments ne sont pourtant pas pertinents.

De fait, puisque nous analysons les choses selon des critères anthropocentriques et des méthodes développées par l’humain.e, les conclusions sont nécessairement biaisées. On mesurera par exemple l’intelligence par le QI ou la capacité à résoudre des calculs mathématiques, excluant toute autre forme d’intelligence animale dont les humain.es n’auraient pas forcément conscience ou seraient dépourvu.es, comme par exemple l’instinct d’un chien ou l’intelligence collective d’une fourmilière. De plus, quand bien même un animal ne serait pas assez intelligent ou conscient de lui-même aux yeux des humain.es, cela nous dispense-t-il pour autant de prendre en compte son intérêt à vivre ? Au delà de l’intelligence, les animaux ont aussi un langage, des émotions, des rites et rituels, etc. Le fait qu’ils ne soient pas similaires aux nôtres ne devrait pas être une raison pour nier leur existence ou dévaluer leur importance.

Ainsi, de même qu’il n’est ni logique ni acceptable de discriminer quelqu’un à cause de sa « race » ou de son sexe, l’espèce ne représente pas non plus un critère éthique valable.

J’ouvre ici une parenthèse: l’antispécisme ne cherche pas l’égalité entre toutes les espèces. Il n’y a rien de mal à reconnaître la spécificité de l’espèce humaine dans le règne animal: nous votons, construisons des ponts, savons lire, etc. L’idée n’est donc pas d’étendre le droit de vote à un chien et d’ouvrir des classes d’université à des singes sous couvert que tous les animaux sont égaux. Cela n’a bien évidemment pas de sens. Je ne recherche donc pas l’égalité entre toutes les espèces, mais considère en revanche que les animaux non-humains ont autant le droit de vivre sur Terre que nous, et que l’espèce humain.e n’a donc pas à s’octroyer droit de vie et de mort sur les autres espèces sous couvert d’une supériorité autoproclamée. Ou bien, pour ceux et celles qui pensent que l’espèce humaine est si supérieure de part sa capacité à raisonner, pourquoi ne pas utiliser cette capacité pour inventer des nouveaux modes de consommation respectueux des autres espèces?

 

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Pour aller plus loin

Mythe #4 : « la viande heureuse »

L’homme est-il omnivore ?

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