Je pense, donc je suis… devenue vegane

Cet article est probablement celui qui me tient le plus à cœur, et le point de départ de l’écriture de ce blog puisqu’il aborde un thème central dans ma vie : le véganisme. Loin d’être une mode, devenir végan est selon moi le passage à l’acte suite à une réflexion philosophique que j’ai eue progressivement.

 

FIRST THING FIRST: UN VEGAN C’EST QUOI?

A la différence du végétarisme (pas de consommation de chaire animale) et du végétalisme (pas de consommation de chaire animale, ni de sous-produits provenant de l’animal, comme le lait, les œufs et le miel), le véganisme est un mode de vie. Un vegan refuse de consommer tous produits ou services ayant nécessités d’utiliser un animal pour le produire. Cela concerne donc l’habillement (adieu laine, fourrure et cuir), les produits cosmétiques ou d’entretien (choisis non testés sur animaux) et les « loisirs » nécessitant des animaux (corrida, cirque, zoos, etc.). Ce qui peut à première vue sembler extrême, mais lisez plutôt.

 

DEVENIR VEGAN: UNE TRANSITION LENTE

Pour certains, ça se fait quasiment du jour au lendemain. Pour la majorité d’entre nous, devenir vegan prend un peu plus de temps. Dans mon cas, ça a été une transition lente, amorcée il y a 3 ou 4 ans, lorsque j’ai commencé à moins consommer de viande, sans trop savoir pourquoi, alors que j’étais plutôt du genre à raffoler des steaks tartare. Le point de départ était un malaise face à mon assiette. Je me suis demandée : « comment est produite la viande que je mange? » « Qu’y avait-t-il derrière ce filet de poulet ou cette tranche de jambon? » J’imaginais naïvement une scène idyllique d’une vache avec le poil soyeux broutant joyeusement de l’herbe, genre Marguerite dans son pré.

réalité élevage devenir vegan

Crédit: inconnu.e

Quand j’ai compris que dans la majorité des cas, Marguerite s’appelait plutôt « 3765 », qu’il n’y avait pas de pré mais un hangar où elle est entassée avec ses congénères, qu’elle ne broute pas de l’herbe mais est engraissée au maïs ou au soja importé qui n’est pas adapté à son métabolisme, et qu’elle ne vit pas bien vieille, j’ai décidé d’arrêter de manger de la viande (pour plus d’informations sur les pratiques de l’élevage industriel, vous pouvez lire cet autre article: l’élevage industriel pour les nuls). Comme Marguerite aurait aussi bien pu être une poule, une truie ou un saumon, j’ai aussi arrêté le poisson, en me jurant cependant que jamais, ô grand jamais je ne deviendrais végétalienne, fallait pas abuser non plus !

Ne jamais dire jamais. Il a bien fallu se rendre à l’évidence, si je voulais être cohérente avec mes principes et ne plus cautionner la souffrance animale, cela passait aussi par la suppression du lait, des œufs, du miel. Mais j’osais pas, j’avais peur de signer là mon arrêt de mort social. Je continuais donc à en consommer à l’extérieur, tout en me sentant coupable. Et puis il y a un an, lors d’un voyage à Washington, j’ai constaté à quel point il était simple là bas d’être vegan, et ça a été le déclic. Au retour de France, j’ai décidé de continuer sur cette bonne lancée. Pour le reste, ça n’a pas été très compliqué: je n’avais jamais consommé de fourrure ou de laine, et j’ai rapidement trouvé des alternatives au cuir. Quant aux produits d’entretien ou de cosmétiques, je les rachetais tout simplement en version non testée sur animaux une fois le flacon vide.

 

JE N’AIME PAS PARTICULIÈREMENT LES ANIMAUX

C’est là un point crucial : je ne suis pas une amoureuse des bêtes. Je n’ai pas de posters d’hamsters dans mon salon, je ne regarde pas de vidéos de chatons sur YouTube, et je ne suis pas prise d’une envie irrépressible de caresser un bébé labrador quand j’en croise un. Ce qui ne m’empêche pas de considérer que les animaux ont autant le droit de vivre que nous, et que si les manger n’est pas nécessaire à ma survie, alors je préfère ne pas le faire. Tandis que des gens qui « aiment » les animaux, j’en ai à la pelle autour de moi. Mais bizarrement, cet amour qu’ils ont pour les animaux est distribué avec parcimonie et se confine à des espèces «  mignonnes », excluant de fait les vaches, les cochons, ou pire encore pour les citadins : le pigeon, pour qui ils vouent une haine particulière et gratifient souvent d’un « dégage ». Il y a donc un conditionnement culturel qui commence dès l’enfance, et s’ancre en grandissant par un comportement schizophrène à l’égard des animaux: nous décidons d’en dorloter et caresser certains, et d’en tuer et manger d’autres. Comment expliquer cela ? C’est en fait une forme de spécisme.

devenir vegan spécisme

LE SPÉCISME, KESAKO ?

Tout comme le racisme discrimine sur la race ou le sexisme discrimine sur le sexe, le spécisme discrimine sur l’espèce. Concrètement, cela signifie que l’espèce dominante (ici l’Homme) ne prend pas ou peu en compte les intérêts d’individus d’autres espèces (les animaux non-humains), simplement parce qu’ils appartiennent à une autre espèce. Dans notre société, l’idée que les intérêts d’un animal comptent moins que ceux d’un humain est tellement évidente qu’en discuter peut paraître ridicule. La question mérite toutefois d’être posée. De fait, comment l’humain est-il devenu le groupe dominant ? Certainement pas par un vote des baleines et des girafes. Comme dans le cas des Blancs pour le racisme ou des hommes pour le sexisme, le groupe dominant s’autoproclame toujours comme tel en invoquant une pseudo supériorité.

Dans le cas du spécisme, pour légitimer cette soit-disant supériorité, on invoquera les différences entre humains et animaux: les animaux ne seraient pas intelligents, pas raisonnables, dénués de culture ou de conscience d’eux-mêmes, etc. Ces arguments ne sont ni pertinents, ni fondés.

  • Non pertinents car nous allons tout analyser selon des critères anthropocentriques et des méthodes développées par l’humain, c’est donc forcément biaisé. On mesurera par exemple l’intelligence par le QI ou la capacité à résoudre des calculs mathématiques, excluant toute autre forme d’intelligence animale dont nous humains n’aurions pas forcément conscience, ou bien dont nous ne ferions pas preuve, comme par exemple l’instinct d’un chien ou l’intelligence collective d’une fourmilière. De plus, quand bien même un animal ne serait pas assez intelligent ou conscient de lui-même aux yeux des humains, cela nous dispense-t-il pour autant de prendre en compte sa souffrance ?
  • Et non fondés car même en nous référant au critère de l’intelligence par exemple (telle que définie par l’humain), il a été démontré que des animaux étaient plus doués que les humains pour certains exercices faisant appel à la logique ou la mémoire. Comme c’est le cas dans la vidéo ci-dessous où un singe doit cliquer le plus rapidement possible sur des suites de chiffres. Au delà de l’intelligence, les animaux ont aussi un langage, des émotions, des rites et rituels, etc. Le fait qu’ils ne soient pas similaires aux nôtres ne devrait pas être une raison pour nier leur existence ou dévaluer leur importance.


Donc, de même qu’il n’est pas logique de discriminer quelqu’un à cause de sa « race » ou de son sexe, l’espèce non plus n’est pas un critère éthique valable.

 

L’HOMME, LA VACHE, LA FOURMI: TOUS ÉGAUX?

Il est indéniable que l’Homme a une place à part dans le règne animal : il vote, construit des ponts et des machines, etc. L’idée n’est donc pas d’étendre le droit de vote à un chien et d’ouvrir des classes d’université à des singes sous couvert que tous les animaux sont égaux, mais plutôt de considérer que toutes les espèces ont le même droit à vivre sur Terre, qui est autant la leur que la nôtre, et que l’humain n’a pas droit de vie et de mort sur toutes les autres espèces sous couvert d’une supériorité autoproclamée. Ou bien, pour ceux qui pensent que l’Homme est si supérieur, pourquoi ne pas alors considérer que c’est JUSTEMENT parce que l’Homme a cette capacité supérieure de raisonner qu’il peut inventer des nouveaux modes de consommation respectueux des autres espèces?

 

POUR CONCLURE

Le véganisme est le seul mode de vie compatible avec la philosophie antispéciste. Mais encore plus qu’un mode de vie, devenir vegan est une revendication politique, une manière de faire entendre sa voix via ses choix de consommation. Le portefeuille (levier économique) me paraît avoir plus de poids que le bulletin de vote (levier politique) sur la question de la place de l’animal dans notre civilisation. Car plus on sera nombreux à demander des alternatives vegans, plus l’offre de produits s’étendra et les politiques se pencheront sur la question. Je finirais par la réflexion suivante: si vous pensez toujours que devenir vegan est extrême, je trouve ça intéressant de constater que la société taxe d’extrémistes ceux qui prônent une idéologie de non-violence envers nos co-locatTERRES 🙂

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POUR ALLER PLUS LOIN

L’élevage industriel pour les nuls

L’homme est-il omnivore ?

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