Pourquoi je ne parle pas de mode sur mon blog ?

Vous aurez remarqué que je ne parle jamais de mode sur ce blog. Je n’ai d’ailleurs pas de rubrique « mode » et ne compte pas en créer. Il y a une raison à cela. Enfin plusieurs même. D’une je n’y connais rien, de deux ça ne m’intéresse pas vraiment, et de trois parler mode c’est quelque part inciter à la consommation, ce qui serait en décalage avec mon état d’esprit actuel. Cependant, ça n’a pas toujours été comme ça.

Avant, j’aimais bien faire du shopping…

Même si je crois que la mode ne m’a jamais vraiment intéressée, j’ai pourtant voulu me persuader du contraire. Tant et si bien que j’ai même fait un stage dans une start-up qui vendait des maillots de bain (les pires 4 mois de ma vie), et j’ai aussi été vendeuse un été dans une boutique de luxe.

la-carotte-masquée-slow-fashionSans être une acheteuse compulsive, j’allais, comme beaucoup, faire du shopping sans trop réfléchir, par hobby plus que par nécessité, assommée par les pubs omniprésentes et abreuvées de pages mode du Elle que je feuilletais plus par impératif professionnel et pression sociale que par réel intérêt.

J’ai donc, au fil des ans, accumulé sans m’en rendre compte beaucoup de vêtements, chaussures, sacs et accessoires en tout genre dont je n’avais finalement pas vraiment besoin. Je me suis retrouvée dans la boucle infernale du « j’achète, je stocke, je donne, je rachète ». Un cercle vicieux qui consiste en fait à se débarrasser de vêtements ayant à peine servis (soit qu’ils ne plaisent plus, soit qu’ils ait été achetés trop petits en pensant naïvement qu’on va perdre du poids – le truc qui ne marche JAMAIS, soyons honnêtes) pour faire place à de nouveaux vêtements qui subiront très probablement le même sort quelques mois ou années plus tard.

 

Quel gâchis et perte d’argent ! J’ai encore le douloureux souvenir d’avoir acheté un sac Chanel 400 euros lors de ventes privées. 400 euros, c’est énorme quand on y pense, mais c’était un Chanel, et il était à 10% du prix de vente, alors à ce moment là, le fait de débourser la moitié de mon loyer pour un sac m’est bizarrement apparu comme l’affaire du siècle. Résultat des courses : je l’ai mis 2 fois.

 

… Mais ça, c’était avant.

Il y a 4 ans, j’ai commencé à consommer différemment : moins (voire même beaucoup moins) et mieux. Il n’y a pas eu d’élément déclencheur à proprement parler, mais plutôt un certain malaise, une intuition que quelque chose clochait dans ma manière d’acheter sans réfléchir. J’ai alors, pour la 1ère fois de ma vie en 24 ans d’existence, commencé à me renseigner et interroger mes choix de consommation:

Qu’y a-t-il derrière tel ou tel produit ? Dans quelles conditions est-ce produit? Quels impacts pour ma santé ? Pour l’environnement ? 

C’est d’abord passé par l’assiette, puis par mes placards (mode, beauté, médicaments, livres, etc.). J’ai alors sentie le poids écrasant de tout ce que j’avais accumulé au fil des ans, et j’ai voulu me défaire de ce superflu qui m’étouffait. A alors commencé un « désencombrement » progressif, qui est d’ailleurs toujours en cours.

Côté mode, 3 choses se sont passées:

  1. Je n’achète maintenant que les vêtements et chaussures dont j’ai besoin, tout simplement. Il m’arrive slow fashionbien évidemment de me faire plaisir de temps à autre avec un achat imprévu, mais en fait c’est très rare, car j’en suis arrivée à un point où je fais complètement abstraction des vitrines. Je passe à côté de magasins sans vraiment les voir. Je ne me sens absolument pas frustrée, et m’en porte au contraire même bien mieux. J’ai ainsi gagné énormément de temps et d’argent, que je peux mettre à profit de projets qui m’épanouissent et me tiennent plus à cœur comme voyager, lire ou soutenir des associations.
  2. J’essaie de tirer un max de ce que j’ai déjà : j’use jusqu’à la moelle chaussures et vêtements. Je répare ceux qui sont abîmés dans la mesure du possible et j’essaie de donner une nouvelle vie à ceux qui ont vraiment rendu l’âme en les réutilisant comme torchons par exemple.
  3. Je donne ce dont je n’ai plus besoin. A vrai dire, ça je le faisais déjà avant en portant mes sacs au point relais du coin de la rue. Mais après avoir regardé ce documentaire sur le business caché du don de vêtements (dans lequel on apprend que les associations auxquelles on croit donner nos vieilles affaires ne reçoivent en fait que quelques centimes d’euros par tonne de vêtements), j’ai changé de méthode: je donne maintenant directement à mes amis, ma famille, à des amis d’amis (il y aura toujours quelqu’un dans votre entourage plus ou moins proche qui sera heureux de vous décharger), ou bien à des associations en allant directement à leurs bureaux (la Croix Rouge ou Emmaüs notamment acceptent les dons de vêtements).

 

Durant ce changement de mode de vie, j’ai aussi réalisé et accepté le fait que la mode ne m’intéressait pas, et que ce n’était pas une tare. Que les habits que je préférais mettre n’étaient pas les plus beaux ou ceux pour lesquels j’avais dépensé le plus d’argent, et que ce n’était pas grave. Par exemple, mon indétrônable reste la triptyque Jean – T-shirt – Bensimon. Agrémenté d’un sac en toile le plus souvent. J’ai mon style à moi, confortable, qui me va bien, que j’ai accepté, et je ne ressens pas le besoin de changer au gré des dernières tendances ou des dernières collections.

 

La mode éphémère: un système pervers

Les collections, parlons-en justement ! Saviez-vous que du temps de Dior ou Chanel il y avait seulement 2 collections par an ? En été et en hiver. Aujourd’hui, il y a 2 collections de Prêt à Porter + 2 collections Haute Couture + 1 collection Croisière + 1 collection « Pre-Fall » (pardonnez-moi mais rien que le nom trahit son inutilité. A-t-on vraiment besoin d’une collection pré-automne pour l’automne?). On est passé de 2 collections par an à 6 en 50 ans. J’ai pris l’exemple d’une marque de luxe, mais c’est pareil pour Zara par exemple : leurs habits ne restent en magasin que 6 semaines de manière à forcer la main de l’acheteur (« Attention, si tu n’achètes pas maintenant, la prochaine fois que tu viens, ce ne sera plus en magasin »). Ca donne le tournis. Comment ne pas se sentir dépassé d’abord, puis nécessairement frustré par ces arrivages incessants ? Et dans quel but ?

 

slow fashion

Edward Norton dans Fight Club

Je dois avouer que j’ai vraiment du mal à saisir la frénésie de cette mode ultra-changeante qui m’apparaît comme très superficielle et surfant sur un certain marché du mal-être. Sans vouloir tomber dans la psychologie de comptoir, je pense que l’acte de consommer n’est pas si anodin qu’il n’y paraît, et peut trahir un manque quand il devient trop fréquent. Manque de confiance en soi? Manque affectif ? Absence de but dans la vie à un instant T? Dans tous ces cas, on a alors besoin du regard des autres pour exister et se sentir valorisé. La mode devient ainsi un excellent moyen de gagner en popularité sur l’échelle sociale, et faire du shopping une échappatoire toute trouvée pour fuir une sensation de vide devenue trop pesante.

 

A l’inverse, j’ai remarqué que depuis que je consomme moins, je suis plus heureuse. Et parce que je suis plus heureuse, je consomme moins. Un cercle vertueux en somme, pendant lequel j’ai pris confiance en moi et me suis beaucoup détachée du regard des autres. Alors certes, je ne serais jamais aux premiers rangs des défilés de mode (en fait, à y réfléchir, je n’assisterais jamais à un défilé de mode tout court je crois !), je ne suis jamais allée sur le blog de Garance Doré et je ne connais pas les dernières tendances mode. Et bizarrement, je vais bien.

 

La Carotte Masquee

 

PS : je tiens à préciser que ce témoignage n’a pas pour but d’incriminer les personnes passionnées de mode, mais simplement une invitation à interroger le sens de nos achats incessants et leurs impacts sur l’environnement (beaucoup de produits toxiques dans la fabrication de nos vêtements) et les humains (vous vous souvenez de l’effondrement du Rana Plaza  au Bangladesh?). D’après e documentaire The True Cost, la mode serait la deuxième industrie la plus polluante après le pétrole.

slow fashionQuid de la mode éthique me dira-t-on ? Et bien tout dépend de la fréquence d’achat. Selon moi, la mode la plus éthique est encore celle qui consiste à n’acheter que ce dont nous avons réellement besoin, ce que certains appellent la « slow fashion ». Une surconsommation de marques éthiques ne fait que déplacer le problème. Une personne achetant une fois de temps en temps un pull chez H&M a une démarche bien plus éthique qu’une personne dont les étagères s’empilent chaque semaine ou mois de nouvautés Veja, Patagonia, Ekyog & co. L’idéal étant encore de combiner les deux approches : consommer moins et mieux en privilégiant des marques eco-responsables 🙂

Buy less, Choose well, Make it last. Vivienne Westwood

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2 Comments

  1. 1

    Ah moi j’ai toujours fait comme ça : peu de vêtements, de la récup et on use le truc jusqu’à la corde… mais c’est parce que l’on est 4 gosses et qu’on avait pas les moyens de faire comme ça, puis quand je suis devenue étudiante c’est moi qui n’avais pas les moyens : je préférai acheter un truc de qualité et confortable lorsque j’en avais besoin, et j’ai continué ce schéma lorsque j’ai commencé à gagner de l’argent. Ce qui ne m’empêchait pas d’avoir des atours « stylés » comme on dit.
    Du coup là ça fait 11 mois que je voyage avec mes vieux fringues à trous (à part une robe achetée à une petite créatrice thaï), mais lorsque je vais devoir me faire une garde robe pour bosser j’accentuerai également sur l’éthique, point le plus compliqué, étant donné la faible traçabilité des produits, et évidemment, des vêtements véganes (finie la laine, le cuir & la soie).
    En tous cas je te félicite pour ton cheminement ! Moi qui avait un peu honte au lycée de ne pas avoir masse de beaux vêtements finalement je me dis que c’était un mal pour un bien 😉

    • 2

      Exactement ! Je suis dans le même état d’esprit tu l’auras compris 🙂 Et au passage je découvre ton blog et vais le lire avec attention, puisque je vois que tu as pas mal vadrouillé en Inde! (j’habite à Bombay).

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