TAFTA: conséquences pour les animaux

LE TAFTA, C’EST QUOI EXACTEMENT?

C’est le petit nom du « Transatlantic Free Trade Area »  renommé depuis TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), qui comme son nom l’indique est un projet d’accord de libre-échange entre l’Europe et les Etats-Unis. L’idée est simple : créer un grand marché de 820 millions de personnes avec le moins de contraintes possible pour les acheteurs et les vendeurs (ce juteux marché représenterait près de la moitié du commerce mondial). Dans quel but ? Booster la consommation, car qui dit plus de consommation, dit plus de croissance et plus d’emplois. Enfin ça c’est sur le papier. On n’est même pas sûr que ça créerait vraiment plus d’emplois. L’ALENA, la zone de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, aurait détruit près de 900 000 emplois aux US quand Bill Clinton promettait qu’elle en créerait 20 millions…[1]

Mais revenons à nos moutons. Le TAFTA prévoit 3 choses principalement:

  1. L’abaissement ou suppression des tarifs douaniers: un argument un peu fumeux car ils sont déjà actuellement inférieurs à 3% pour beaucoup de secteurs, et qui porterait donc principalement sur les produits alimentaires (taxés en moyenne à 12,8%) [2]
  2. L’harmonisation des normes commerciales, environnementales, sociales, sanitaires et de sécurité.  Concrètement, ça veut dire quoi ? Prenons l’exemple de l’automobile : aux Etats-Unis, les feux arrières d’une voiture doivent obligatoirement être couleur ambré, tandis qu’ils doivent être blancs en Europe – ce qui oblige les constructeurs à produire deux modèles différents selon le marché de destination. Si on harmonise ces réglementations, c’est plus simple pour les constructeurs automobiles [3]. Dans cet exemple, c’est facile, on parle des feux arrières d’une voiture. Mais le débat se corse quand on aborde la questions des OGM, actuellement proscrits par la réglementation européenne et autorisés par les Etats-Unis.
  3. La mise en place de tribunaux d’arbitrage pour veiller au bon respect du libre-échange. Les entreprises pourraient alors attaquer les états dont les lois nationales entraveraient la libre-concurrence. Une mauvaise blague ? Pas du tout. Philip Morris a ainsi attaqué l’Uruguay et l’Australie pour pratiques discriminatoires et manque à gagner après la mise en place par ces pays de campagnes antitabac. Ben tiens, faudrait pas que la préoccupation de la santé des citoyens viennent entraver le business. Autre exemple : la société suédoise Vattenfall réclame 4,7 milliards au gouvernement allemand après la fermeture de deux centrales nucléaires dans le cadre de son programme de sortie du nucléaire. Hashtag CORPOCRATIE.

Si ça vous paraît toujours un peu flou, cette petite vidéo résume assez bien la situation en 2 minutes 30 chrono:

BON OKAY C’EST BIEN BEAU TOUT CA, MAIS EN QUOI CA VA AFFECTER LES ANIMAUX?

ATTAC rappelle qu’une ferme dans l’Union européenne fait environ 13 hectares, contre 170 aux Etats-Unis. Pas surprenant donc que dans ce combat de David contre Goliath, la viande américaine soit moins chère que la viande européenne. Prenons par exemple la filière porcine: une exploitation française a un surcoût de 29% par rapport à une exploitation américaine.[4]

Donc face à ce constat, les exploitations qui survivront à la concurrence américaine seront celles qui sauront rester compétitive en opérant des économies d’échelles. Cela veut dire augmentation de la taille des exploitations et intensification des méthodes productivistes. On se dirige tout droit vers la banalisation des fermes-usines et l’arrêt de mort de l’agriculture paysanne. Bienvenu dans un monde où la ferme des 1000 vaches n’est plus une exception, mais la norme et où un Paris-Marseille en TGV se fera sans plus croiser de vaches[5].

tafta animaux

Ensuite, les questions relatives au bien-être animal ont été tout bonnement exclues du TAFTA (pourquoi s’embêter?). Rien de bien surprenant là dedans puisque pour les néo-libéraux, le marché s’autorégule pour arriver au prix le plus bas. Toute mesure « contraignante » qui n’irait pas dans ce sens (comme les normes pour plus du bien-être animal), n’a donc pas vraiment sa place ici.

Enfin, dans l’optique d’harmoniser les réglementations, les normes européennes sur le bien-être animal (déjà bien faibles) seraient alors nivelées vers le bas pour s’aligner sur les normes américaines (qui sont encore pires). On ouvre alors par exemple la porte à:

  • l’utilisation des hormones de croissance dans la production de lait et de viande
  • la commercialisation de poulets désinfectés au chlore,
  • une potentielle remise en question de l’interdiction européenne des tests cosmétiques sur les animaux [6] (d’autant plus qu’aux Etats-Unis, la définition des tests sur les animaux exclue les souris)

tafta animaux

Alors certes, dans un contexte de levers de boucliers, les dirigeants européens essaient de rassurer comme ils peuvent l’opinion publique en assurant que le TAFTA ne toucherait pas l’agroalimentaire. Oui mais voilà. Peut-on vraiment en être sûr? Permettez vous d’en douter franchement quand on voit le poids des lobbies agroalimentaires dans les négociations du TAFTA. En trio de tête: Freshel, Food and Drink (le plus gros lobby de l’industrie agroalimentaire en Europe, représentant notamment Nestlé, Danone, Unilever et Coca-Cola) et Eucolait (le lobby de l’industrie laitière).[7]

tafta lobbies agroalimentaires

Source: Corporate Europe Observatory

LE MOT DE LA FIN

J’insiste ici sur les conséquences désastreuses du TAFTA sur le sort des animaux, mais les autres secteurs sont loin d’être épargnés. Les négociations sont fragilisées par l’opposition grandissante de l’opinion publique et des récentes révélations de Greenpeace. Révélations tellement défavorables à l’Europe qu’Hollande a déclaré que « la France, à ce stade des négociations, disait non au TAFTA ».

Alors, pour enterrer le TAFTA une bonne fois pour toute, quelques moyens simples d’agir :

  • S’informer et diffuser l’information autour de vous
  • Signer l’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) qui sera présentée à la Commission Européenne :
  • Soutenir le Collectif Stop Tafta qui lève 25,000 euros pour organiser des journées de mobilisation et produire des milliers de tracts, autocollants, badges, affiches, etc.

La carotte masquee

SOURCES

[1] http://www.kaizen-magazine.com/faut-il-avoir-peur-du-tafta/

[2] https://www.collectifstoptafta.org/tafta/article/quel-impact

[3] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/10/13/si-vous-n-avez-rien-suivi-au-tafta-le-grand-traite-qui-effraie_4788413_4355770.html#jAoi5VFjjI4rTCjX.99

[4] http://www.bastamag.net/Comment-l-accord-de-libre-echange-Tafta-pourrait-laminer-l-agriculture

[5] http://www.bastamag.net/Comment-l-accord-de-libre-echange-Tafta-pourrait-laminer-l-agriculture

[6] https://www.powerfoule.org/campaigns/tafta-et-ceta/stop/tafta-ceta-il-est-temps-dy-renoncer?t=dXNlcmlkPTc4Njc2LGVtYWlsaWQ9MjEy

[7] http://corporateeurope.org/international-trade/2014/07/who-lobbies-most-ttip

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